Petite histoire d’un diagnostic

Nom: Vincent
Âge: 3 ans
Lieu de résidence: Rive-nord de Montréal
Famille: cadet, un frère de 7 ans.

 

Petite enfance

Vincent vient au monde par césarienne d’ugence, un soir où sa vie et celle de sa mère semblaient en danger. Son premier cri n’en fut pas un, ce fut plutôt qu’un gémissement, entrée bien silencieuse dans la vie qui ne manqua pas d’attirer l’attention. Dans les semaines qui suivirent, heureusement Vincent apprit à pleurer de façon minimalement perceptible. À six mois, dans l’entourage de la famille, certains commencèrent à constater des retards assez significatifs dans son développement moteur et son développement langagier; mais ces pistes furent vite abandonnées, puisque certains membres dans la famille avaient été plutôt lents dans leur apprentissage.

Vers l’âge de vingt mois, une visite chez le médecin de famille sonna l’alarme : possibilité d’audi-mutité. Le médecin de famille demanda un test d’audition et un rendez-vous en neurologie. Pendant ce temps, nous nous sommes tournés vers un orthophoniste privé, question de ne perdre de temps. Le test d’audition ne démontra aucune anomalie, du moins à la meilleure oreille, mais en revanche, le neurologue de Ste-Justine lui découvrit des maniérismes et une absence de contacts visuels. Alors, une expertise en pédopsychiatrie s’imposa. Après plusieurs mois d’angoisse et d’attente, le rendez-vous arriva et le verdict tomba enfin, après plus de quinze long mois : autiste Léger avec dysphasie sévère. À ce jour, aucune stimulation ou aucun traitement n’avaient été entrepris, nous repartions chez nous avec ce mot sous le bras et un trou gigantesque au cœur.

Cheminement scolaire

Suite à au diagnostic, l’hôpital Ste-Justine proposa un atelier de stimulation méthode TEACH de cinq semaines. Les progrès furent inespérés. Vincent commença à regarder dans les yeux pour les premières fois de sa vie. Il apprit à pointer du doigt, arrachant par la même occasion des larmes et des soupirs de soulagement. Par contre, son cheminement en orthophonie reste lent, mais progressif. Il y a l’espoir qu’il quitte son jargon pour des mots audibles et compris de lui comme des autres.

Depuis la fin de l’atelier offerte par Ste-Justine, plus rien. Tous les organismes sont sous moratoires, toutes les interventions sont suspendues, ou sont en attente, à l’exception des services privés dont nous nous sommes endettés pour les poursuivre. Le diagnostic est arrivé assez tard et les services adéquats sont insuffisants pour bien l’encadrer. Il n’y a plus que l’effroi, l’effroi de voir quotidiennement la bulle reprendre le terrain durement gagné. Et de voir cette bulle impitoyable se refermer chaque jour davantage sur lui.